L’histoire du quai de Trois-Pistoles : sa construction initiale, 1874-1875
PAR DANY LARRIVÉE
Il existe depuis longtemps des mouillages dans le secteur du havre à Trois-Pistoles. On retrouve d’ailleurs trois ports dans le secteur Trois-
Pistoles et Notre-Dame-des-Neiges : l’un se trouve à la seigneurie de l’Anse-aux-Coques, à l’embouchure de la rivière Centrale, un autre se situe dans le secteur des îlets d’Amour, à l’embouchure de la rivière Harton.
Un dernier s’avère être le havre où réside le quai actuel, lequel forme un bassin idéal pour mettre les navires en rade, à l’abri du vent et des forts courants marins.
Dans les municipalités voisines, les premiers quais fédéraux sont construits. C’est le cas des quais de Rivière-du-Loup et de Rimouski, lesquels furent achevés en 1855. Le projet de quai réside dans les esprits depuis 1850, alors que le secrétaire de la Chambre de commerce de Québec,
A. Gillepsie, évoque une liaison entre le lac Témiscouata et le Nouveau-
Brunswick assurée par un port aménagé aux Trois-Pistoles1. D’ailleurs, Stanislas Drapeau, adjoint du sous-ministre de l’Agriculture et des Statistiques, souligne que seulement sept quais desservent alors le territoire du Bas-Saint-Laurent2. À leur tour, les résidents des Trois-Pistoles réclameront auprès de la législature la construction d’un quai au printemps 1860. La demande n’obtiendra pas de réponse.
Déterminés à se munir d’un quai, les Pistolois construiront donc leur propre infrastructure en 1874, avec Scott D’Amours, et Félix, Adolphe, Fénélon, Alfred, David et Ernest Rioux à la tête du projet3. L’infrastructure sera achevée en 1875, il y a maintenant 150 ans.
Il faudra toutefois attendre l’année 1880 avant que soit commandé un rapport d’ingénieur en vue d’ériger un quai, sous le premier ministre canadien John Alexander Macdonald (1815-1891)4. Appuyée par le gouvernement fédéral, la construction d’une jetée débutera dès 1881. On estime à priori que le chantier ne durera que trois à quatre ans, et qu’il sera achevé à l’horizon de 1884-18855 ; un chantier mineur, en somme. Dans les faits, le chantier ne sera complété que beaucoup plus tard.
William Kingsford, Map of harbour of Trois-Pistoles, county of Temiscouata, 1876. Bibliothèque et Archives Canada, RG11M 923004, 1123
Pour mener à bien cette entreprise, la Municipalité de Trois-Pistoles6 nomme Napoléon Rioux (1837-1899), héritier de la seigneurie, en tant que contremaître du chantier du quai dès 1881. Le seigneur de l’Anse-aux-Coques7, dont les diverses fonctions lui valent le respect du milieu, remplira sa tâche durant l’intégralité de son mandat, et ce, malgré plusieurs autres engagements et implications. Entre autres rôles d’importance, Napoléon Rioux est élu marguillier en 1866, puis nommé lieutenant de milice à compter de 1869, en plus de fonder la Société de colonisation la même année. Ce dernier est également juge de paix et commissaire d’école, en plus de faire partie du syndic de la construction de la cinquième église de Trois-Pistoles, d’être secrétaire à la mairie en 1891, puis d’être élu député conservateur pour le comté de Témiscouata de 1892 à 1897. Non seulement cet homme ne chôme pas, mais il s’agit d’un homme de confiance hautement respecté par les gens du milieu8. Pour cette raison, le gouvernement fédéral le nommera officiellement wharfinger, c’est-à-dire gardien du quai, dès septembre 18919.
L’année 1881 est d’abord dédiée à la construction d’un débarcadère. L’année suivante, on procède à la construction d’une pile de 50 x 30 pieds du côté ouest du havre, afin de débuter les travaux de la jetée. De grosses pierres logées dans les fonds argileux du havre sont également enlevées, et on retire tout ce qui obstrue l’embouchure de la rivière, là où devront être amarrées les embarcations. La suite des travaux consiste alors à terminer la jetée en reliant la pile à la rive10. La structure d’origine mesurera 980 pieds de longueur par 30 pieds de largeur11. Celle-ci ne sera terminée qu’en 1891, soit dix ans plus tard.
Des 60 quais répertoriés de Lévis à Matane, seulement 17 sont encore utilisés aujourd’hui. Le quai de Trois-
Pistoles est l’un de ceux-là.
Extrait du livre à paraître : La ruée vers l’Est : Les voies de communication de la Côte-du-Sud jusqu’à Rimouski à l’époque de la Nouvelle-France et du Bas-Canada 1640-1876.
1Traduction de l’auteur (« Lettre de A. Gillespie au Quebec Board of Trade, 8 juillet 1850 » citée dans Sessional Papers no 2, Referred to in the Ninth Volume of the Journal of the Legislative Assembly of the Province of Canada, vol. IX, appendice L, 1850).
2Stanislas Drapeau, Études sur les développements de la colonisation du Bas-Canada depuis dix ans : 1851-1861, Québec : Typographe de Léger Brousseau, 1863, p. 12.
3Charles A. Gauvreau, Nos Paroisses : Les Trois-Pistoles [ouvrage écrit en 1890, revu et complété par Mathias D’Amours]. Trois-Pistoles : s.n., 1946, tome II, p. 39 ainsi que Maurice Desjardins, Faits et gestes à la grève du quai de Trois-Pistoles, 1696-1997, Trois-Pistoles : Centre d’édition des Basques, 1997, p. 149. Les deux auteurs ne traitent toutefois que de la phase de construction citoyenne de 1874-1875.
4T.J. Richardson, éd. Débats de la Chambre des communes du Canada, vol. VIII Ottawa : imprimé par C.W. Mitchell, 1880, p. 177.
5« This work will soon be completed », écrivait-on dans le rapport annuel du ministère des Travaux publics (Annual Report of the Minister of Public Works for the Fiscal Year 1883-1884. Ottawa : Maclean, Roger & Co., 1884, p. 173).
6La désignation de Trois-Pistoles comme municipalité s’applique jusqu’en 1916, avant sa séparation d’avec Notre-Dame-des-Neiges et son incorporation en tant que ville.
7L’Anse-aux-Coques est aujourd’hui connue sous le nom de l’Anse-des-Rioux. Soulignons également que Napoléon Rioux est le petit-fils du capitaine de milice en second Paul Rioux (1770-1845), fils de Vincent Rioux, à ne pas confondre avec le major de milice Paul Rioux Jr. (ca. 1779-1842). Il s’agit ici d’une famille très influente, à laquelle on confit d’importantes responsabilités au sein de la communauté.
8Charles-Arthur Chauveau, Nos Paroisses : Trois-Pistoles, 1891, Lévis : Mercier et Cie, p. 289, 294 et 33 ; Assemblée nationale, « Napoléon Rioux », Biographies [en ligne] https://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/rioux-napoleon-5095/biographie.html (page consultée le 28 avril 2024).
9RG2-Bureau du conseil privé, série A-1a, Bibliothèque et Archives Canada. D’autres gardiens de quai seront nommés en remplacement de
Napoléon Rioux dès 1895, à savoir : D.D. Seaman (1895), J.E. Vincent (1898) et J. E. Pettigrew, nommé maître de port dès le 7 avril 1899.
10Rapport général du ministre des Travaux publics, op. cit, p. 246.
11Annual Report of the Minister of Public Works for the Fiscal Year 1883-1884, Ottawa : Maclean, Roger & Co., 1884, appendice no 17.
©Tous droits réservés, Journal l’Horizon, juin 2025

