Un premier roman
pour Myriam de Gaspé

Par Alexandre D’Astous

L’auteure Myriam de Gaspé.

Photo Facebook Katya Konioukhova, Les Herbes rouges

Myriam de Gaspé a lancé son tout premier roman, L’Embouchure, une autofiction où la narratrice brave les remous incessants du Saint-Laurent, le mistral de Marseille et la houle bretonne, tentant de s’abandonner à son désir pour les femmes. À la hauteur où le fleuve Saint-Laurent devient salé, abritée par les cloisons de bois d’une cabane centenaire, Myriam écrit. «J’ai toujours écrit. L’écriture a toujours fait partie de ma vie. Ce projet est né dans une année où j’étais comme entre deux. J’avais envie de parler de psychanalyse, et du rapport de la psychanalyse avec le féminisme. Au départ, c’était un projet d’essai un peu plus théorique. Assez rapidement, ça s’est transformé en projet de roman. Au début, c’était un peu en lien avec ma maîtrise en littérature, mais à la fin de mes études, c’est vraiment devenu un projet de roman que j’ai envoyé à une maison d’édition, et qui a été accepté», explique l’auteure.

Une autofiction
Une intruse dans sa cuisine d’Hochelaga, un matin de printemps. Il a suffi de cette irruption pour rompre l’apparent équilibre que connaissait jusqu’ici la jeune femme, entre ses cours de lettres et le militantisme féministe. Rencontrer Mira a déclenché chez Myriam une série de rêves où le fleuve se soulève, menaçant de l’avaler. Dans le cabinet de sa psychanalyste, elle suit le jeu de la lumière sur les murs et des souvenirs qui remontent : amours adolescentes, homophobie ordinaire, tensions avec une mère dont l’affection l’étouffe.

Peu à peu, Myriam s’ouvre à son attirance pour Mira. Avec les rêves comme phare, la psychanalyse comme perspective, et l’écriture comme moyen, elle cherche la source de ses hantises pour enfin les dépasser et s’abandonner à son désir. Les phrases denses de L’embouchure, penchées sur l’infinie richesse des signes, font glisser le réel vers la fiction, et inventent les contours d’une libération.

«Dans les milieux féministes, la psychanalyse avait mauvaise presse. Il y avait beaucoup de préjugés. Moi, je ne trouvais pas que c’était contradictoire. Je trouvais plutôt que ça se rejoignait bien le féministe, la théorie queer et la psychanalyse. J’avais envie de faire le pont entre les deux, de montrer que c’était possible. J’ai réalisé que pour démontrer cela, il fallait présenter une expérience réelle où ça avait été possible, la mienne. C’est là que c’est devenu un projet d’autofiction. C’est un livre qui est inspiré de mon expérience, mais qui la fictionnalise à plusieurs égards. La narratrice est mon alter ego. Elle fait une série de rêves où le fleuve Saint-Laurent l’avale. Elle tombe amoureuse d’une femme, et elle doit assumer sa bisexualité», affirme Myriam de Gaspé.

Résidente de Trois-Pistoles
Née en 1992, Myriam de Gaspé a grandi à Montréal, et elle vit à Trois-Pistoles depuis cinq ans. Après une maîtrise en littérature, elle partage son temps entre l’écriture, la révision et l’enseignement en littérature et création littéraire au Cégep de Rimouski.

C’est la pandémie qui a amené l’auteure à s’installer à Trois-Pistoles. Elle connaissait le coin, puisque sa famille paternelle vient de la région de Rivière-du-Loup. «La famille a toujours un chalet dans le coin, le chalet dont je parle dans mon roman. Je m’y rendais l’été. J’ai toujours su que je voulais habiter ici un jour. L’occasion s’est présentée pendant la pandémie», indique-t-elle.

Avant son roman, elle avait publié plusieurs textes dans des revues littéraires. «C’était plus des courts textes. J’ai publié de la poésie, des essais et une nouvelle littéraire. Ce ne sont pas les idées qui manquent. J’ai beaucoup d’idées pour de prochains livres. La question, c’est de
choisir quelle idée je vais choisir d’exploiter. Ça risque d’être un recueil de poésie. J’ai fait partie du collectif Les Sourcils-de-Vénus avec Laura Babin, Wina Forget et Bobby Valérie»,

L’embouchure, publié aux Herbes rouges, est disponible en librairie.

©Tous droits réservés, Journal l’Horizon, juin 2025