(Alexandre D’Astous)-La crise de gouvernance qui secoue le Festival Les Percéides depuis plusieurs semaines soulève désormais de vives inquiétudes quant à l’avenir de la Grande rencontre des arts médiatiques en Gaspésie (GRAM).

Des membres de la communauté artistique, culturelle et numérique estiment que les enjeux de gouvernance, de transparence et de reddition de comptes touchent également la GRAM, les deux organismes étant administrés par le même conseil d’administration.

Une institution culturelle gaspésienne des arts médiatiques en péril

Alors que les activités de la GRAM sont suspendues depuis plusieurs mois et que plusieurs personnes clés ont quitté l’organisation, les signataires réclament une refondation de sa gouvernance afin d’assurer l’avenir de cette initiative culturelle unique en Gaspésie.

Créée en 2015, la Grande rencontre des arts médiatiques en Gaspésie est devenue un acteur majeur de la création, de la diffusion et du rayonnement des arts numériques en région. En complémentarité du Festival Les Percéides, elle a favorisé l’innovation numérique tout en créant des liens durables entre les artistes, les institutions culturelles et la communauté.

« Le rôle de l’AAMI est de soutenir l’écosystème indépendant des arts médiatiques à l’échelle nationale, dont La Grande rencontre des arts médiatiques en Gaspésie fait partie intégrante. Les pratiques artistiques régionales sont sous-représentées dans le paysage culturel de notre pays, et il est impératif que nous soutenions les formidables initiatives qui existent et qui permettent au public de découvrir toute la diversité de la création artistique locale. » a déclaré Barbora Racevičiūtė,Directrice nationale de l’AAMI (Alliance des arts médiatiques indépendants), un organisme national de services qui défend, soutient et représente plus de 90 organisations et 16 000 artistes (cinéma, vidéo, audio et nouveaux médias). Son siège est situé à Montréal.

Défaillances structurelles

Les signataires estiment que cette crise résulte d’un mode de gouvernance qui ne répond plus aux principes de transparence, d’indépendance et de participation démocratique. Ils dénoncent notamment la concentration des pouvoirs depuis que le président actuel s’est également nommé directeur général des deux organismes OBNL, le maintien d’un conseil d’administration réduit à trois administrateurs malgré des postes vacants, ainsi que l’administration des deux organismes par un même conseil d’administration.

En janvier 2026, cinq professionnels responsables depuis plusieurs années des demandes de subventions ont demandé à rencontrer le conseil d’administration afin de faire le point sur les dossiers de financement et les enjeux de gouvernance. Cette demande a été refusée. Les cinq professionnels ont depuis quitté l’organisation.

Les signataires déplorent également l’absence d’un véritable membership, la faible fréquence des réunions du conseil d’administration, la perte d’expertise et de mémoire institutionnelle ainsi que l’affaiblissement des liens avec le milieu culturel et les partenaires de la région.

Les inquiétudes se sont accentuées avec la suspension des activités prévues en 2026, malgré l’obtention d’un financement de fonctionnement du Conseil des arts et des lettres du Québec, ainsi qu’à la suite du départ du fondateur François Cormier en février et de la démission de la commissaire, directrice artistique et cofondatrice Esther Bourdages en avril.

Des mises en demeure dénoncées

Esther Bourdages, François Cormier et Mazen Chamseddine dénoncent les mises en demeure transmises récemment à plusieurs collaboratrices et collaborateurs de longue date par le président et directeur général actuel des deux organismes.

Selon eux, ces démarches soulèvent de sérieuses préoccupations quant à l’exercice de la liberté d’expression et pourraient avoir un effet dissuasif sur la participation de la communauté artistique au débat public portant sur la gouvernance, la transparence et la gestion des fonds publics.

Un nouveau conseil d’administration réclamé

Les signataires demandent aux administrateurs actuellement en poste d’entreprendre sans délai une refondation de la gouvernance du Festival Les Percéides et de la Grande rencontre des arts médiatiques en Gaspésie.

Ils estiment indispensable de mettre en place une gouvernance indépendante, transparente et représentative afin de rétablir la confiance, d’assurer une gestion conforme aux meilleures pratiques des organismes culturels financés par des fonds publics et de préserver deux institutions qui contribuent depuis plus d’une décennie au développement des arts médiatiques et du cinéma en Gaspésie.