(Alexandre D’Astous)-) La hausse du prix de l’essence amorcée depuis le début des bombardements au Moyen-Orient a déjà des impacts majeurs pour les entreprises agricoles du Bas-Saint-Laurent en raison de la hausse des coûts de transports, sans oublier les difficultés pour s’approvisionner en engrais et en fertilisants alors que la saison des semences approche rapidement.
« J’ai un fournisseur qui n’est pas capable de me garantir que j’aurai des engrais pour cet été pour mes pommes de terre. Il m’a dit qu’il pouvait me faire des prix seulement pour le printemps, et encore là, les prix qu’on avait reçu, s il y a deux semaines ont été majorés en raison de la hausse des produits pétroliers. Ceux qui n’ont pas réservé leurs engrais peuvent carrément en manquer, ou ç‘a va coûter terriblement cher. Les prix que j’avais eus le 24 février ne sont plus valides. Vendredi passé, il m’a donné un nouveau prix avec une augmentation de 30 $ la tonne, valide bon uniquement jusqu’à lundi matin. Un autre fournisseur m’a dit qu’il pouvait me faire des prix, mais qu’un moment donné, il n’aurait plus d’engrais », rapporte Luc Bérubé, de l’entreprise Pommes de terre Bérubé de Trois-Pistoles, producteur de pommes de terre et de fraises.
Monsieur Bérubé indique que 30 à 35 % des engrais azotés passent par le détroit d’Ormuz, actuellement fermé.
Prix du diesel
La hausse du prix du diesel a aussi un impact majeur sur les entreprises agricoles. « Au prix que le diesel est actuellement, j’évalue que ça va me coûter 4 000 $ de plus pour irriguer la même quantité de champs que l’an dernier. Une augmentation de 10 cents du litre de diesel représente 2 000 $ à 2 500 $ pour mon entreprise. Nous ne sommes pas à l’abri d’une hausse de 20 cents, qui représente un 4 000 $ à 5000 $ », illustre celui qui est aussi président du Syndicat de l’UPA des Basques.
À cela s’ajoute la hausse des coûts de transports, que ce soit pour les intrants, mais aussi ou pour les équipements et les pièces, sans oublier les coûts de livraison. « Je paie le transport pour mes pommes de terre de semence que j’amène ici. Ensuite, j’expédie des pommes de terre de semence un peu partout en province. Mon transporteur n’est pas en mesure de me faire un prix actuellement. C’est trop imprécis pour lui. Tout va monter, sans savoir le prix qu’on va pouvoir avoir pour nos produits », précise Luc Bérubé.
Une limite à augmenter les prix
Le producteur souligne qu’il y a une limite à hausser les prix. « À quel prix je vais devoir vendre mes fraises ? Quel prix le consommateur est prêt à payer pour des fraises ? C’est beau de dire que je vais augmenter le coût de mes fruits en conséquence, mais je ne serai pas gagnant si mes fraises sont trop chères, et que les gens décident de ne pas en acheter. Il va falloir trouver un équilibre. Il y a beaucoup d’incertitude, notamment sur les taux d’intérêt. ».
Le prix du lait sera réajusté pour tenir compte des impacts de la hausse des produits pétroliers, mais seulement dans un an. Entre-temps, les producteurs vont voir leurs marges bénéficiaires diminuer.
Abandon de la taxe carbone réclamé
L’UPA réclame l’abandon de la taxe carbone que les producteurs agricoles doivent payer. « C’est de la concurrence déloyale. Moi, je dois payer la taxe carbone pour mes pommes de terre de semence, alors que les producteurs du Nouveau-Brunswick n’ont pas à le faire, et qu’ils ont les mêmes marchés que moi parce qu’ils sont à seulement 1 h 30 de chez– moi. On ne parle pas des tomates du Mexique, on parle du même pays », affirme monsieur Bérubé.
Photo : Quel sera le prix d’un panier de fraises cet été ? (Photo Facebook)


