(Opinion du lecteur)-Le 22 janvier dernier, les populations des Basques et du Transcontinental ont vu certaines de leurs pires craintes confirmées dans un communiqué de presse émis par le CISSS du Bas-Saint-Laurent.

 L’établissement y annonçait la tenue prochaine de « consultations » et précisait les contours de son nouveau modèle de soins et de services à la population. Qu’en est-il vraiment?

Les plans du CISSS du Bas-Saint-Laurent

Depuis plusieurs mois, le CISSS du Bas-Saint-Laurent se garde de parler directement d’une fermeture partielle des urgences de Trois-Pistoles et de Pohénégamook. Il s’agit d’un projet vastement critiqué qui ne trouve pratiquement aucun appui dans la région en dehors des bureaux de la haute direction du CISSS du Bas-Saint-Laurent.

Dans son récent communiqué, le CISSS se veut rassurant et nous parle enfin plus ouvertement de son « nouveau modèle ». Son projet est délicatement emballé dans ce qu’on nomme l’amélioration de l’offre de services populationnelle, du soutien à domicile et des soins préhospitaliers d’urgence (ambulances).

Il s’agit là des principaux piliers de son nouveau modèle de soins et de services. L’intention est donc plus claire dans cette nouvelle communication : Le CISSS du Bas-Saint-Laurent compte fermer les urgences de nuit, rediriger les ambulances vers Rivière-du-Loup ou Notre-Dame-du-Lac et abolir l’unité d’observation 24-72 heures (spécifique à l’urgence de Trois-Pistoles) pour remplacer ces services par :

1- Une augmentation de la couverture ou de la présence ambulancière;

2- Une bonification des soins et services à domicile;

3- Une amélioration des services généraux en première ligne.

Un modèle qui n’a pas fait ses preuves

Bien que nous puissions être favorables à de tels développements dans notre région, pour faire face notamment aux défis imposés par le vieillissement de la population, ceux-ci ne doivent pas se faire au détriment de l’accès aux urgences hospitalières de proximité 24-7.

Nous avons localement des modèles qui fonctionnent depuis des années. Ils sont rôdés et reposent sur une expertise locale diversifiée, qualifiée et mobilisée pour le maintien des services. Plutôt que d’inventer un nouveau modèle et de l’opposer aux services existants, pourrait-on prendre ces services et cette expertise comme point d’ancrage pour la réflexion sur l’amélioration des services? Il est de notre avis précipité et très risqué de mettre la hache dans ces deux urgences hospitalières qui ont maintes fois prouvé leur pertinence au profit d’un modèle qui n’a pas encore fait ses preuves.

Des dangers bien réels

Quoiqu’on en dise, les services de première ligne, de soutien à domicile ou préhospitaliers, même bonifiés ne permettront jamais d’éviter tous les incidents de santé urgents. Dans de telles situations où chaque seconde compte, et peu importe leur nombre, l’augmentation du temps de transport des patients peut entraîner des conséquences fatales. Au-delà des statistiques et des tableaux de bord, des vies risquent d’être perdues, et chacune d’entre elles en sera une de trop. Parallèlement à cela, nous avons ici un exemple éloquent de déni de droits fondamentaux pour les populations des Basques et du Témiscouata.

Les citoyennes et les citoyens des zones rurales de notre région ne sont pas des citoyens de deuxième classe. Ils et elles ont droit au même accès, à la même qualité et la même prise en charge médicale que les résidents des pôles urbains du territoire. Le mouvement de centralisation des soins de santé et des services sociaux qui s’accentue depuis l’arrivée de l’Agence Santé Québec doit céder le pas à une réelle prise en charge locale et de proximité des enjeux de santé. Il en va de la santé de la population, mais également de la vitalité sociale et économique bas-laurentienne.

Des consultations jouées d’avance

Après avoir refusé de participer à des consultations en personne, à l’invitation des membres du comité de vigie pour la sauvegarde de l’urgence des Basques et avoir brillé par son absence lors de la consultation citoyenne du 14 janvier à Pohénégamook, voilà que le CISSS aurait finalement trouvé de l’appétit pour des rencontres citoyennes.

En convoquant une assemblée publique, la semaine suivante, le CISSS du Bas Saint-Laurent vient en quelque sorte court-circuiter les efforts du milieu pistolois en vue de la consultation citoyenne organisée le 11 février prochain à l’église de Trois-Pistoles.

Le CISSS aurait selon nous eu avantage à faire les arrimages et les validations requises avec les acteurs et les actrices des milieux concernés avant de convoquer ses assemblées. Ces consultations auront par ailleurs pour thème le nouveau modèle de soins et de services proposé par l’établissement. Cela rendra virtuellement impossible toute conversation ou échange ouvert sur le maintien des services des urgences hospitalières concernées tels que nous les connaissons.

De notre point de vue, cet exercice semble davantage motivé par un objectif de persuasion que par un sincère désir d’entendre et de prendre acte des préoccupations de la population, des élus et des organismes qui martèlent depuis plus d’un an leur opposition à la transformation du modèle des urgences hospitalières.

Une expertise orientée

Pour légitimer sa démarche et faire preuve « d’objectivité », le CISSS nous annonce avoir mobilisé la Chaire interdisciplinaire sur la santé et les services sociaux pour les populations rurales (CIRUSSS) de l’UQAR dans le cadre des consultations à venir. Cette décision soulève selon nous de sérieuses questions éthiques. Comment le CISSS peut-il prétendre vouloir réaliser un exercice « objectif » en mobilisant le CIRUSSS pour cette consultation alors qu’il en est l’un des principaux bailleurs de fonds et que le PDG du CISSS siège comme membre de son comité de direction? Nous nous inquiétons vivement que la présence du CIRUSSS dans le processus de consultation ne mène au renforcement de la position du CISSS du Bas-Saint-Laurent dans ce dossier.

Une décision d’abord budgétaire

Pour nous, les enjeux budgétaires et de ressources humaines sont profondément indissociables. Avec plus de budgets pour favoriser l’attraction et la rétention de personnel, le CISSS du Bas-Saint-Laurent serait en mesure de développer de nouvelles initiatives pour consolider, voire développer les services en place dans Les Basques et le Témiscouata. C’est donc privé de marge de manœuvre par l’actuel contexte de restrictions budgétaires que le CISSS est incapable de répondre à ses enjeux de main-d’œuvre.

Avec un budget rehaussé à la hauteur des besoins de la population, le CISSS du Bas-Saint-Laurent pourrait se permettre de maintenir les services en place et de renforcer les services de première ligne, du diagnostic, du préhospitalier et du soutien à domicile. Or, le contexte budgétaire limite directement le potentiel de développement des services dans notre établissement régional de santé et de services sociaux alors que nous savons que les besoins continueront d’augmenter avec le vieillissement de la population ces prochaines années.

Dans des documents obtenus de l’agence Santé Québec par voie de demande d’accès à l’information, la PDG Geneviève Biron associe d’ailleurs elle-même la proposition de fermeture partielle des urgences de Trois-Pistoles et de Pohénégamook aux mesures de retour à l’équilibre budgétaire. Informée de la position favorable au maintien des services d’urgence hospitalière de la région par le Comité des usagers du Bas-Saint-Laurent, Mme Biron répondra en février dernier : «Des propositions de mesures budgétaires ont été faites par les établissements dans le cadre du plan de retour à l’équilibre budgétaire. Elles sont actuellement en analyse et aucune décision n’a été prise. Chaque mesure est évaluée de manière rigoureuse, sous divers angles, afin d’en assurer la pertinence et l’efficacité.»

Les liens entre le retour à l’équilibre budgétaire et la fermeture partielle des urgences de Trois-Pistoles et de Pohénégamook sont clairs et limpides pour Mme Biron. Nous jugeons qu’ils devraient l’être tout autant pour le CISSS du Bas-Saint-Laurent. Pour faire entendre votre voix et participer à la mobilisation, nous vous invitons à participer en grand nombre à la CONSULTATION CITOYENNE : SAUVONS NOTRE URGENCE, organisée le 11 février prochain à 19h00 à l’Église de Trois-Pistoles (30 rue Notre-Dame Ouest).

Par Guillaume Legault, résident de Notre-Dame-des-Neiges, Représentant National au Syndicat APTS et membre du Comité de VIGIE pour la sauvegarde de l’urgence de Trois-Pistoles