(Alexandre D’Astous)-À l’approche de la mise à jour économique du gouvernement Legault et à l’invitation de la Coalition Main rouge, la population ainsi que des membres de plus d’une vingtaine de groupes issus des milieux communautaires, syndicaux, étudiants, culturels et populaires se sont rassemblés ce mardi midi devant les Ateliers Saint-Louis à Rimouski afin de dénoncer les conséquences des compressions budgétaires et des politiques d’austérité actuellement imposées par tous les paliers de gouvernement.

En amont de ce rassemblement, une tirelire des dépenses honteuses a circulé dans différentes MRC de la région afin de récolter des exemples concrets de dépenses publiques à dénoncer. Le rassemblement a été l’occasion de dévoiler le contenu de la tirelire pour réinvestir symboliquement ces sommes dans notre filet social. Un micro ouvert a ensuite permis à plusieurs personnes de rappeler l’urgence de réinvestir massivement dans des mesures visant à protéger la vie, plutôt que les profits.

« Les occasions ne manquent pas actuellement pour s’indigner, et je pense que c’est pour ça qu’aujourd’hui on arrive avec une mobilisation qui rassemble des milieux si diversifiés! » explique Laurence Meunier-Dubé, directrice à la mobilisation et à l’action sociopolitique à l’APTS Bas-Saint-Laurent, et l’une des co-organisatrices de l’événement.

Les compressions s’accumulent

« Les compressions qui s’accumulent, le gel des subventions décrété par le Conseil du trésor au provincial, le dernier budget fédéral et même quelques récents fiascos au niveau municipal — en plus d’une série de projets de lois portant une atteinte directe à notre démocratie — tout ça fait craindre un nouvel affaiblissement du filet social et une aggravation des inégalités », s’inquiète Lysane Picker-Paquin, une des personnes qui a co-organisé le rassemblement.

« Face à l’ampleur que prennent les attaques aux droits humains universels et à notre filet social, on trouvait ça important de se rassembler aujourd’hui et d’unir nos voix à celles de dizaines de groupes sociaux, communautaires et syndicaux aux quatre coins de la province pour réclamer un véritable changement de cap. En 2015, nous avons répondu en choeur “Touche pas à ma région” face à une première vague d’austérité, et 10 ans plus tard, nous préparons la même réponse aux mesures “d’efficacité” », ajoute-t-elle.

Les organisations signataires de ce communiqué rappellent, avec la Coalition Main rouge, qu’il existe des solutions fiscales alternatives concrètes et équitables permettant d’augmenter les revenus de l’État afin de répondre aux besoins réels de la population et aux missions les plus fondamentales de l’État : « On nous rabats les oreilles depuis plus d’une décennie avec l’équilibre budgétaire. La réalité, c’est que c’est un choix politique et fiscal : on prive l’État de milliards avec des baisses d’impôt pour les plus riches, tout en trouvant toujours de l’argent pour des projets comme Northvolt ou des contrats au privé. Si on peut financer ça, on peut aussi financer la lutte contre la pauvreté et le renforcement du filet social ! », insiste Valérie Lépine, porte-parole de la Coalition Main rouge.

« Au Québec, plus de 4 500 organismes communautaires autonomes font face à d’importants enjeux de sous-financement et d’atteintes à leur autonomie qui compromettent leur mission de transformation sociale. De plus, les groupes sont souvent les premiers à composer avec les effets des politiques d’austérité et les coupures dans les services publics et programmes sociaux. Il est important de financer à la mission via l’entremise d’un programme national afin de respecter l’autonomie des organismes communautaires et leur stabilité. Aussi, le gouvernement doit assurer des services sociaux et de santé publics, accessibles et de qualité » affirme Raphaèle Vallières, de la CDC des Grandes Marées.

Les plus vulnérables touchés

Au Bas-Saint-Laurent, ces décisions politiques se font sentir à plusieurs niveaux. Leurs impacts touchent particulièrement les populations les plus vulnérables et contribuent à l’augmentation des inégalités. Dans un contexte marqué par la hausse des féminicides et de forts besoins de soutien psychologique liés aux violences entre partenaires intimes, cela a de quoi nous inquiéter.

À ce sujet, l’organisme La Débrouille à Rimouski dénonce : « Depuis 2024, nous avons commémoré la mémoire de 40 victimes de féminicides, dont 22 féminicides en contexte de violence entre partenaires intimes. Malgré ce constat tragique, le premier ministre François Legault n’a pas pris la parole publiquement sur le sujet depuis 2021! En mars 2024, France-Élaine Duranceau ancienne ministre de l’Habitation, déclarait que les maisons d’hébergement pour femmes « coûtent trop cher ». Trop cher vraiment ? Trop cher la vie des femmes, des personnes trans et des enfants victimes de violences entre partenaires intimes? Nos vies et notre sécurité ne sont pas des dépenses superflues »

Deux hôpitaux menacés

L’APTS Bas-Saint-Laurent rappelle aussi que deux hôpitaux sont présentement menacés de diminution de services dans la région, en plus des diverses coupures qui traversent le réseau de la santé et des services sociaux : « En 2025, c’est inacceptable que l’on ait encore à se battre pour maintenir des services aussi essentiels que nos urgences hospitalières. En milieu rural, comme en milieu urbain, toute la population bas-laurentienne a droit à la même qualité et à la même accessibilité à des services de proximité », s’indigne Laurence Meunier-Dubé.

« Ce n’est pas pour rien qu’on a choisi de se réunir devant les Ateliers Saint-Louis : c’est un symbole bien connu de l’inaction municipale en matière de bâtiments abandonnés, mais aussi des compressions budgétaires en santé qui ont mené à l’abandon du rachat du bâtiment par le CISSS », rappelle Lysane Picker-Paquin. « Avec le nouveau refuge pour personnes en situation d’itinérance qui vient d’ouvrir juste en face et le CÉGEP à côté, c’est aussi un lieu propice pour parler de pauvreté, de logement, ou encore des stages étudiants qui ne sont toujours pas payés. Et les Ateliers, c’est aussi un bâtiment qui fait rêver et qui inspire des alternatives communautaires où l’art et le vivre-ensemble repoussent l’effritement de notre filet social ! »

Les organisations signataires de ce communiqué et d’autres groupes aux quatre coins de la province soulignent que le respect des droits de la personne et la réduction des inégalités sociales exigent un renforcement du filet social et un financement adéquat des services publics. Plutôt que de multiplier les mesures antidémocratiques et les projets à courte vue tout en faisant porter le fardeau de leurs échecs sur le dos de l’immigration, il est urgent que les gouvernements revoient leurs priorités pour assumer leur responsabilité première : assurer le bien-être de la population. Celle-ci a déjà trop souffert du désengagement de l’État et des inégalités sociales qui en résultent. Des solutions fiscales alternatives permettant d’y remédier existent et leur adoption n’est qu’une question de volonté politique. Un changement de cap s’impose!

Groupes signataires :

• APTS Bas-Saint-Laurent

• Association générale étudiante du campus à Rimouski de l’UQAR (AGECAR)

• CALACS de l’Est du BSL

• CDC des Grandes Marées

• CDC Rimouski-Neigette

• Centre de Femmes de la Vallée de la Matapédia

• Centre des travailleuses et travailleurs immigrant.e.s – Bas-Saint-Laurent

• Centre femmes de La Mitis

• Centre-Femmes du Grand-Portage

• CLEF Mitis-Neigette

• Coalition de résistance pour l'unité étudiante syndicale (CRUES)

• Comité de sauvegarde de l’Urgence de Trois-Pistoles

• Comité logement Bas-Saint-Laurent

• Coop Raquette

• Croc-Ensemble des Basques

• FIQ-SPSICR-BSL

• La Débrouille

• Les Compagnons de la mise en valeur du patrimoine vivant de Trois-Pistoles

• Les ÉcoVeilleurs (Comité Étudiant Environnement du Cégep de Rimouski)

• Lutte à l’Est

• Regroupement des assistées sociales et assistés sociaux du Témiscouata

• Repaires-BSL

• SEECR – Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski

• Table de concertation des groupes de femmes Bas-Saint-Laurent

• Uniphare

Photo : Une partie des manifestants de mardi à Rimouski. (Photo Facebook APTS Bas-Saint-Laurent)