(Opinion du lecteur)-Le Parti Québécois, qui forme maintenant le nouveau gouvernement, s’est engagé à offrir une passe de mobilité à 95 $ par mois, valable dans toutes les sociétés de transport du Québec. Bonne nouvelle. Encore faut-il qu’elle mène quelque part. Pour qu’une même passe accompagne réellement un citoyen d’une région à l’autre et d’un mode de transport à l’autre, il faudra une plateforme technologique commune, conçue et opérée au Québec.

Deux raisons l’imposent : notre système est actuellement trop morcelé pour être efficace et les systèmes étrangers n’attendront pas avant de prendre le contrôle de ce qu’ils verront comme un nouveau marché.

Aujourd’hui, à quelques exceptions près, chaque ville, chaque MRC et chaque société de transport fonctionne avec ses propres règles, ses propres outils et, trop souvent, ses propres méthodes artisanales. La réservation et la répartition se font encore largement à la main, ou presque. Plusieurs donneurs d’ordre paient deux fois : ils gèrent eux-mêmes les réservations sur des plateformes louées et vieillissantes, puis paient un fournisseur pour effectuer les déplacements. Le citoyen, lui, en paie le prix autrement. Celui d’une grande ville peut se voir refuser un transport dans une petite municipalité parce qu’il n’y réside pas. Ailleurs, on exige encore de réserver la veille. Une passe universelle ne serait qu’une belle théorie si le service était finalement introuvable.

Un point de rencontre

Cette plateforme deviendra un point de rencontre entre les citoyens, les autorités et les transporteurs. Qui la contrôlera? Qui aura accès aux données de déplacement des Québécois? Les technologies de mobilité évoluent vite et cet espace ne restera pas vacant très longtemps. Si le Québec tarde, une plateforme étrangère s’imposera tôt ou tard comme intermédiaire obligé entre les usagers et nos services de transport. Nous découvrirons alors les règles de notre propre mobilité dans les conditions d’utilisation d’une application étrangère.

Précisons-le : plusieurs entreprises québécoises ont déjà l’expertise pour développer cette plateforme, autant que pour opérer les nombreux services de transport qui y seront reliés. La Politique de mobilité durable 2030 mise déjà sur l’innovation technologique et l’intégration des systèmes. Reste à décider que cette intégration se fera ici, selon nos règles.

Cela dit, pour dépasser la résistance au changement, il faut choisir le bon forum pour en discuter. La Commission des transports du Québec a déjà joué ce rôle dans le passé, notamment lors de son enquête sur le transport des personnes handicapées à Montréal. Or, depuis les réformes de 2019-2020, elle n’a plus ce rôle. Un mandat d’initiative de la Commission des transports et de l’environnement permettrait au contraire d’entendre les municipalités, les sociétés de transport, les transporteurs, les usagers et les experts, puis de formuler des recommandations. Dans une Assemblée où aucun parti n’est majoritaire, c’est aussi la meilleure façon de donner à ce chantier une assise qui survivra au prochain scrutin.

Besoin d’une plateforme québécoise

Une passe québécoise a besoin d’une plateforme québécoise. Le morcellement actuel l’exige. La course technologique ne nous laissera pas le choix longtemps. L’Assemblée nationale dispose déjà de l’outil pour lancer le chantier. Nous invitons donc la Commission des transports et de l’environnement à s’en saisir dès sa constitution, dans quelques jours. Le Québec s’apprête à offrir à ses citoyens la liberté de se déplacer partout avec une seule passe. Faisons en sorte que les clés de cette liberté restent entre nos mains.

Par Yung Cuong, président, et Pierre Lopez, directeur général, Véco Mobilité

Photo : Yung Cuong (Photo courtoisie)