(Alexandre D’Astous)-La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) met en garde le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) contre l’idée d’attribuer de gré à gré aux usines de transformation du bois plus de 4,6 Mm³ de bois issu des forêts publiques, au moment même où les producteurs forestiers de toutes les régions perdent des débouchés pour leur bois.
Ces volumes devaient jusqu’ici être remportés aux enchères, mais l’adoption en juin dernier de la Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d’allègement du fardeau réglementaire et administratif a mis fin aux activités du Bureau de mise en marché des bois (BMMB), ce qui entraîne un processus de réallocation des volumes de bois de la forêt publique rendus disponibles. La FPFQ demande de suspendre l’octroi de ces volumes jusqu’à ce que le prochain gouvernement ait communiqué ses orientations en connaissance de cause.
« Rien n’oblige le ministère à écouler ce bois maintenant. La mise en marché du bois des forêts privées souffre déjà d’un ralentissement causé par la crise forestière. Chaque mètre cube attribué aujourd’hui en forêt publique est un mètre cube de moins que la forêt privée ne pourra vendre », a déclaré le président de la FPFQ, M. Gaétan Boudreault.
Récolte en baisse en forêt privée
Au terme des six premiers mois de 2026, les volumes récoltés en forêt privée ont chuté de 10 % résultant en des pertes de vente de plusieurs dizaines de millions de dollars pour les producteurs. Les facteurs qui expliquent ce ralentissement sont multiples. D’une part, le conflit commercial ainsi que la hausse des taux hypothécaires aux États-Unis réduisent la demande de produits forestiers canadiens. D’autre part, la hausse du prix du carburant diesel accroît substantiellement les coûts de récolte et de transport du bois jusqu’aux usines. Quand le bois des producteurs ne trouve plus preneur, ils reportent leurs récoltes et les aménagements qu’ils financent. L’entrepreneur forestier perd son contrat de coupe, le camionneur ses voyages et la municipalité une part de son activité économique.
Un déséquilibre que la résidualité doit corriger
Le principe de résidualité inscrit dans la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier fait du bois issu des forêts publiques une source résiduelle d’approvisionnement. L’État ne devrait donc mettre son bois en marché que pour combler ce que les forêts privées ne peuvent pas fournir. Quand la demande baisse, ce sont les volumes issus des forêts publiques qui devraient diminuer, et non ceux des producteurs forestiers. Par précaution, l’État doit retenir les volumes qu’il s’apprête à offrir dans toutes les régions forestières afin d’éviter la déstructuration des marchés et de miner la compétitivité de ses propres citoyens.
« Plusieurs partis politiques se sont engagés, dans leurs plateformes et leurs communications de campagne, à faire respecter le principe de résidualité une fois élus. Cependant, les dommages se font sentir aujourd’hui, alors que les partis promettent de changer les règles demain. Laissons le temps au prochain gouvernement d’évaluer la situation, quitte à conserver ce bois sur pied en attendant », a ajouté M. Boudreault.
La protection de l’accès aux marchés du bois de la forêt privée constitue l’une des trois priorités de la FPFQ dans le cadre de cette campagne électorale, avec la simplification de l’environnement réglementaire et un meilleur accès au marché du carbone forestier.
Ces positions et les engagements des partis politiques sont détaillés sur foretprivee.ca/elections/.
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