(Alexandre D’Astous)- Alors que la campagne électorale québécoise bat son plein, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) demande aux partis politiques de faire de la réduction de l’itinérance une priorité nationale. Une mise à jour de l’étude de l’UMQ réalisée en 2023 par AppEco, à l’initiative du Caucus des grandes villes de l’UMQ, révèle que l’itinérance engendre désormais des coûts de plus de 1,1 milliard de dollars par année pour les services publics québécois, soit près de 95 000 $ par personne en situation d’itinérance.
Pour l’UMQ, ces résultats démontrent l’urgence d’agir. Derrière cette facture se trouvent des milliers de personnes en situation de grande vulnérabilité, mais également une pression croissante sur les réseaux de la santé, des services sociaux, de la sécurité publique et sur les organismes communautaires.
« L’itinérance progresse partout au Québec. Derrière chaque personne qui se retrouve à la rue, il y a une détresse humaine, un parcours brisé et un échec collectif qu’on ne peut plus accepter comme société. On ne choisit pas la rue, on la subit », déclare Guillaume Tremblay, président de l’UMQ et maire de Mascouche.
Un échec collectif qui coûte de plus en plus cher
Selon l’étude, les coûts associés à l’itinérance ont augmenté de façon marquée, passant de 734 M$ en 2023-2024 à 1,1 G$ aujourd’hui, et pourraient atteindre 1,2 G$ dès l’an prochain si aucune action structurante n’est mise en œuvre.
« En matière d’itinérance, le coût de l’inaction est beaucoup plus grand que le coût de l’action. Pour arriver à infléchir la courbe d’augmentation d’itinérance que nous voyons dans toutes nos communautés, il est absolument nécessaire que le gouvernement du Québec se donne une nouvelle ambition. L’état de situation en itinérance exige qu’on rassemble les partenaires, comme les villes, les ministères et organismes, les organismes communautaires, le milieu philanthropique, afin qu’on se donne ensemble un véritable plan d’action national, avec des responsabilités et moyens renouvelés ainsi que des cibles audacieuses »,affirme Maude Marquis-Bissonnette, présidente du Caucus des grandes villes et mairesse de la Ville de Gatineau.
Miser sur la prévention plutôt que sur la gestion de crise
L’étude démontre que les investissements gouvernementaux consacrés à l’itinérance ont augmenté au cours des dernières années, passant de 266 M$ à 488 M$. Toutefois, un écart important demeure entre les ressources consacrées à la lutte contre l’itinérance et les coûts réels assumés par les services publics québécois.
« Le coût de ne pas sortir les gens de la rue a des conséquences pour tout le monde : si on s’y mettait vraiment, c’est 1 milliard de dollars qu’on pourrait réinvestir chaque année dans les autres priorités des citoyens. À toujours gérer l’urgence, on oublie qu’on connaît déjà la solution qui donne les meilleurs résultats : le logement avec accompagnement. C’est là que le gouvernement doit agir, en assurant un financement stable aux ressources sur le terrain. Pour renverser la tendance, il faut oui s’engager vers l’itinérance zéro, mais aussi mettre les efforts au bon endroit »,commente Bruno Marchand, président du comité sur l’itinérance de l’UMQ et maire de Québec.
Face à cette situation, l’UMQ demande au prochain gouvernement du Québec de s’engager à :
- Faire de l’itinérance une priorité nationale ;
- Mettre en place une stratégie nationale de réduction de l’itinérance assortie de cibles mesurables ;
- Assurer un financement stable, prévisible et récurrent des ressources ;
- Favoriser une approche intégrée entre l’habitation, la santé, les services sociaux et les acteurs municipaux.
Les municipalités sont en première ligne devant cette crise, mais elles ne disposent ni des leviers ni des ressources nécessaires pour répondre seules à des enjeux qui relèvent principalement du gouvernement du Québec.
Photo : Le président de l’UMQ, Guillaume Tremblay. (Photo Facebook)


