(Opinion du lecteur)-Pendant qu’acériculteurs et forestiers se disputent 1 000 hectares au BSL, une superficie 10 fois plus grande sera détournée pour le développement éolien… si rien n’est fait.

Début juillet, au Témiscouata, se tenait une rencontre d’information pour les membres du Groupement forestier de Témiscouata au sujet du différend entre les industries forestières et acéricoles. Suite à la période de négociation entre les producteurs acéricoles et le gouvernement du Québec pour l’utilisation à des fins acéricoles de parcelles de terres publiques, les ententes ont été signées avec les régions du Québec, mais au Bas-Saint-Laurent-Gaspésie, elle a été réduite de moitié.

Les acériculteurs sont sortis dans la rue l’automne dernier pour manifester leur déception et ont entrepris différentes démarches. Dans la même période, des producteurs forestiers ont fait savoir qu’ils craignaient que l’acériculture occupe trop de place et leur laisse moins de récolte ligneuse disponible sur les terres publiques. Le désaccord concerne 1000 hectares.

Un nouvel utilisateur s’impose

Pendant ce temps, un nouvel utilisateur s’impose. Dans nos MRC, on entend de plus en plus parler de l’utilisation du territoire public pour les énergies renouvelables, lire « pour l’éolien ». Qu’est-ce que ça change? Les éoliennes industrielles (200 mètres/656 pieds de hauteur) requièrent de larges autoroutes en forêt (25 à 35 mètres d’emprise), de grands espaces d’entreposage pour la période de construction, une surface de 1.7 à 2.5 hectares pour implanter chaque éolienne, un poste de transformation… Tout cela signifie de la déforestation. Pas une coupe à blanc, non. Bien pire. L’arrachement du sol forestier et la compaction du sol compromettant à long terme la régénération de la forêt.

Le vrai problème? La multiplication des développements éoliens : Madawaska (45 éoliennes), PPAW1 (56), PPAW2 (51), Canton MacNider (21), d’immenses zones à potentiel éolien: Wocawson au Kamouraska et au Témiscouata (140 à 160 selon la puissance des éoliennes installées), Wetsok incluant les MRC de Témiscouata, Rivière-du-Loup, Kamouraska (200 à 250), Gaspe’gewa’gi au BSL et en Gaspésie (850 à 1000, on ne sait pas quelle proportion pour chaque région).

L’ensemble de ces projets représente de 1 363 à 1 583 éoliennes industrielles. À cela s’ajoutent les lignes de raccordement entre les postes des parcs éoliens et les postes d’Hydro-Québec ainsi que le fameux projet de ligne à très haute tension Axe Appalaches-BSL phases 1 et 2 qui, pour amener l’énergie éolienne vers les centres, traverserait le BSL en entier… Alouette! Si toutes ces ententes se réalisent, cela représente une dizaine de milliers d’hectares, aux bas mots. Vous avez bien lu, 10 000 hectares au Bas-Saint-Laurent de perte de superficie forestière. Sans parler de l’industrialisation de centaines de milliers d’hectares de forêt.

Les zecs sont visées

Les zones à potentiel acéricole peuvent être rasées pour l’installation d’éoliennes. Les zones de production intensive ligneuse sont tout bonnement déplacées pour permettre l’installation d’éoliennes. Comme si ce n’était pas assez en si peu de temps, les promoteurs éoliens veulent en implanter dans nos ZEC. Vraiment, comme si ce n’était pas assez, des promoteurs éoliens ont parcouru et parcourent toujours, en catimini, nos municipalités pour rencontrer les propriétaires terriens pour leur faire signer des contrats avec la possibilité d’implanter une éolienne, un chemin ou des fils enfouis sur leur terre.

Il faut savoir que la forêt au BSL est différentes des autres régions de la façon suivante: 45% est détenue par des propriétaires privés, ce qui fait un pourcentage beaucoup plus faible de terres publiques. À noter que plusieurs autres activités et industries utilisent notre forêt collective: chasse, pêche, tourisme, cueillette, VTT, motoneige, randonnée… Notre forêt est bien occupée.

Pendant que les acériculteurs et les forestiers se disputent 1 000 hectares, des multinationales éoliennes s’approprient et industrialisent notre forêt. Des redevances et dividendes sont versées aux MRC partenaires, certes. Des emplois temporaires sont créés, pour des gens d’ici et d’ailleurs pendant la construction, c’est un fait. Mais les installations éoliennes atteignent un niveau où il y aura des conséquences pour nos moteurs économiques que sont la foresterie, l’acériculture, le tourisme, qui eux, donnent des emplois à long terme aux Bas-Laurentiens.

La forêt publique participe à notre qualité de vie et fait partie de notre identité. La forêt est une ressource renouvelable, si certaines conditions sont respectées. Alors, selon vous, pourquoi, mais pourquoi, au BSL l’entente entre le gouvernement provincial et les producteurs acéricoles n’a pas été ratifiée telle que négociée? C’est une étrange coïncidence, mais peu importe, la situation demeure la même.

J’invite les utilisateurs de la forêt, les décideurs et les entrepreneurs dotés de vision à long terme à agir pour protéger nos écosystèmes économiques et l’attractivité de notre région. Parce que de la vitalité, c’est bien plus que des revenus éoliens aux municipalités.

Tina Daudelin Co-porte parole comité citoyen Éoloin Témiscouata

Photo : Parc éolien Madawaska. (Photo courtoisie Éric Blanchet)