(Alexandre D’Astous)-« J’te dis que les apprentis que j’ai, c’est pas les pogos les plus dégelés. » « C’est sûr que ça va prendre du temps, c’est un importé qui fait la job. » « Elle devrait être à la maison à faire des lunchs. » Ces phrases sont bel et bien une réalité vécue sur des chantiers de la construction du Québec, souvent présentées à tort sous la forme d’une « blague ». Une nouvelle campagne de sensibilisation est lancée afin de susciter des changements de comportements durables et de favoriser un climat de travail sain sur les chantiers de construction.
Les leaders patronaux et syndicaux se mobilisent pour s’attaquer aux enjeux liés au climat de travail et agir concrètement pour l’améliorer. Cette initiative est le résultat d’un effort concerté, coordonné par la Commission de la construction du Québec (CCQ).
L’objectif est simple : l’industrie de la construction a besoin d’une main-d’œuvre compétente qui choisit la construction pour y faire carrière. Le climat de travail figure parmi les raisons qui peuvent pousser les personnes à abandonner le travail en chantier. Tous s’accordent pour dire que l’industrie de la construction fait face à un carnet de commandes historique. Dans ce contexte, tout obstacle à l’attraction et à la rétention de la main-d’œuvre compétente doit être résolument levé, et tous doivent s’unir autour de l’idée que chaque personne a droit à un milieu de travail sain qui lui permet de s’épanouir.
Des constats importants
Les travaux de consultation menés dans les dernières années auprès de l’industrie ont mis en lumière que certaines situations de comportements inappropriés sont encore banalisées sur les chantiers. Parmi les participant(s du sondage LÉGER mené en 2023, 61% disent avoir été confrontés à l’une ou l’autre des situations de discrimination, d’intimidation ou de harcèlement présentées durant le sondage.
Les éléments de la campagne
Au cœur du lancement de la première année de la campagne se trouve une capsule vox pop, conçue avec l’agence Upperkut, sous l’axe créatif C’est juste une « blague ». À travers des réactions spontanées à des propos réellement entendus sur les chantiers, on réalise que ces phrases peuvent avoir un impact réel sur les personnes, leur sentiment d’appartenance, et sur leur désir de poursuivre leur carrière dans ce milieu.
Pensée comme une démarche structurante et évolutive, la campagne se déploiera sur trois ans, selon une approche graduelle de sensibilisation et d’information, afin de favoriser des changements de comportements durables sur les chantiers.
Les travailleuses, les travailleurs, les entreprises et les partenaires de l’industrie peuvent dès maintenant visiter le site zonerespect.org, pour y trouver de l’information, des outils et des contenus pour mieux comprendre les enjeux liés au climat de travail, et s’engager activement à faire de l’industrie un milieu respectueux pour toutes et tous.
Des responsabilités partagées
Cette campagne est la suite d’une démarche de consultation et de mobilisation des leaders patronaux et syndicaux, qui représentent les employeurs et les salariés de la construction. Elle s’inscrit également dans la continuité des progrès réalisés dans ces dernières années, qui ont permis de poser une base solide pour un climat de travail plus sain, partout dans l’industrie. Un climat de travail sain ne se décrète pas : il se construit dans les interactions quotidiennes, où tous assument pleinement leur rôle et collaborent de façon transparente, proactive et respectueuse.
Avec ce lancement, la CCQ et l’ensemble des partenaires de l’industrie réaffirment leur engagement commun à faire de la construction un milieu de travail respectueux, où le savoir-être est reconnu comme une compétence essentielle au même titre que le savoir-faire. Son impact positif sur l’attraction et la rétention de la main-d’œuvre constituera un indicateur clé du succès de cette mobilisation collective.
La ligne info-ressources discrimination, intimidation, harcèlement reste disponible pour les victimes et témoins au 1 833 333-8003 ou par écrit à dih@ccq.org.
FAITS SAILLANTS DU SONDAGE LÉGER SUR LES SITUATIONS DE DIH
• 9% des répondant(e)s se disent avoir été victimes de discrimination, d’intimidation ou de harcèlement (DIH) dans l’industrie de la construction, ce qui représente, en projection, plus de 20 200 victimes
• Cette réalité touche de façon disproportionnée les femmes, les Premières Nations et les Inuit, les personnes immigrantes, et les minorités visibles
• 79% des victimes et témoins ne font pas de signalement
• 61% des répondant(e)s disent avoir été confrontés à une situation de DIH présentée durant le sondage
• Autres données pertinentes provenant d’autres études :
o 30% de l’ensemble des travailleurs quittent le métier après 5 ans, 50% lorsqu’il s’agit de travailleuses (Portrait statistique des femmes, 2024)
o 7,4% de la main-d’œuvre quitte en raison du climat de travail (sondage sur les abandons dans l’industrie de la construction, 2021)
Photo : 9% des répondant(e)s se disent avoir été victimes de discrimination, d’intimidation ou de harcèlement (DIH) dans l’industrie de la construction. (Photo Unsplash)


