(Alexandre D’Astous)-Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) tient cette semaine des assemblées publiques à Rivière-du-Loup et à Matane afin de dénoncer la détérioration grandissante du logement locatif au Bas-Saint-Laurent.
Accueillies par le Comité Logement du Bas-Saint-Laurent (CLBSL), ces assemblées sont l’occasion pour les organismes de la région de témoigner des effets bien concrets de la crise du logement sur les locataires. Cette assemblée s’inscrit dans la tournée du FRAPRU déployée tout l’hiver dans plusieurs régions du Québec, afin de faire connaître sa perspective de doubler le parc de logements sociaux en 15 ans.
Hausse de 14% du loyer moyen à Rimouski
À Matane, le loyer moyen a bondi de 10,4% en un an seulement et de 14% à Rimouski. Si à Rivière-du-Loup, la hausse annuelle n’atteint que 3,6%, elle avait déjà subi une hausse de 47,4% depuis 2018. Les taux d’occupation demeurent alarmants dans la région, 0,8% à Rivière-du-Loup et 1,4% à Matane. On atteint une pénurie quasi absolue pour les logements familiaux.
« Les revenus de la population ne suivent pas les hausses de loyers, rendant la recherche de logement impossible », s’inquiète Cassandre Vassart-Courteau du CLBSL.
Selon les données du recensement de 2021 de Statistique Canada, le revenu médian des locataires de la région est le plus bas de tout le Québec. Les locataires qui consacrent plus de 30 % de leur revenu dans la région ont un revenu médian de seulement 21 000 $. Pour que ces derniers ne dépassent pas le seuil de 30 % du revenu, ils devraient se loger à moins de 525$ par mois, un loyer pratiquement introuvable sur le marché locatif actuel de la région.

La situation s’est aggravée
En attendant un prochain recensement, le milieu communautaire voit comment la situation s’est aggravée. « Avec l’explosion du coût de la vie, de plus en plus de locataires incapables de payer les loyers exorbitants vont se retrouver à la rue chaque année » décrie François Desjardins , e Repaires BSL.
Laurie Tatibouët du Centre-Femmes du Grand-Portage (CFGP) souligne les impacts de la crise sur la santé et la sécurité des femmes : « Avoir accès à un logement réellement abordable et en bon état, c’est une question de vie ou de mort pour les femmes qui cognent à notre porte à la recherche d’un refuge ».

Où vont les ressources publiques destinées au logement ?
Sous le nom « Logement : retour vers le social », la tournée du FRAPRU met en lumière les solutions que les trois paliers de gouvernement doivent mettre en place pour répondre à la crise actuelle. À Matane et Rivière-du-Loup comme ailleurs, les organismes communautaires s’inquiètent des orientations caquistes qui risquent d’accentuer l’effritement du filet social en matière de logement. «Le gouvernement s’empresse d’utiliser les personnes immigrantes comme boucs émissaires plutôt que d’assumer les conséquences du désinvestissement de l’État dans le financement des programmes sociaux », rappelle Florian Freuchet du Centre des travailleurs-euses immigrant-es (CTTI).
Les organisations présentes insistent sur l’urgence d’agir : la véritable solution structurelle, pour répondre aux besoins urgents et amoindrir les besoins futurs, demeure un retour affirmé vers le logement social, sous toutes ses formes, incluant un vrai programme de logements publics destinés aux offices d’habitation. Afin que les investissements publics demeurent un patrimoine collectif avec les retombées économiques et sociales qui font la force du logement social, ils ne doivent pas être captés par des projets qui n’ont pas un véritable ancrage dans les communautés. Les groupes de défense du droit au logement insistent en effet sur le rôle central que doivent jouer les communautés dans le développement et la gouvernance des projets de logements sociaux sur leur territoire. «Il est essentiel que le gouvernement aide les communautés à développer des projets de HLM, coopératives et OBNL qui répond aux besoins locaux et assure une place aux locataires dans la gestion de leur milieu de vie », rappelle Romain Thibaud de la Fédération des coopératives d’habitation de Québec, Chaudière-Appalaches et Est-du-Québec (FECHAQC).
Une cinquantaine de personnes a répondu à l’appel à Rivière-du-Loup et Matane, confirmant l’engouement pour une solution durable à la crise du logement tant chez les citoyens, les municipalités et les groupes communautaires.
Photo : Un point de presse a été tenu mardi à Rivière-du-Loup. (Photo courtoisie)
Photo : Assemblée publique de Rivière-du-Loup. (Photo courtoisie)
Photo : Assemblée publique de Matane. (Photo courtoisie)


