(Alexandre D’Astous)-Le 20 décembre 2025 marquera le 20e anniversaire du jugement de la Cour suprême légalisant officiellement les clubs échangistes. Le plus haut tribunal du Canada devait alors se prononcer sur la nature immorale ou non des clubs libertins. Six juges sur huit avaient jugé qu’ils ne l’étaient pas, ce qui a mené à l’arrêt R. c. Labaye (Sa Majesté la Reine contre Jean-Paul Labaye) de 2005.

Et pourtant, 20 ans plus tard, les propriétaires de clubs libertins doivent encore faire face à la discrimination et aux obstacles d’un système qui essaie de les bloquer.

Un documentaire unique

En 2012, Mathieu “Mateo” Lapointe est conseiller en sécurité financière et organisateur de soirées libertines privées mémorables. Lorsqu’il entre pour la première fois dans la Caisse populaire Saint-Mathieu, un rêve fou jaillit dans sa tête: transformer l’endroit en club libertin. Il mène son projet contre vent et marée face à une société qui accepte encore mal la liberté sexuelle.

Découvrez l’histoire rocambolesque, passionnée et totalement improbable qui a mené à la création du Club L par un homme d’une persévérance incomparable. “La vraie histoire du Club L” de la réalisatrice Pascale Marcotte vous fait plonger dans les coulisses de la conception, l’incubation, la naissance et l’essor de ce club aujourd’hui prestigieux.

À travers son documentaire, la réalisatrice souhaite jeter la lumière sur une réalité méconnue pour contribuer à combattre les préjugés et permettre d’encourager dans notre société le droit de choisir et d’explorer différents modèles de couple et de déterminer les limites de ses propres pratiques sexuelles dans le respect et le consentement.

Encore mal vu

« Ce n’est pas normal qu’en 2025, nous ayons encore de la difficulté à nous faire reconnaître comme un commerce honnête et légitime. Les compagnies d’assurances ne veulent pas nous assurer, la plupart des institutions financières nous refusent des prêts. Pourtant, nos membres savent à quel point notre club est pacifique, accueillant, respectueux et apprécié. Nous pensons que nous rendons des gens heureux et la communauté libertine a très peu de choix d’établissements tellement nous sommes restreints », affirme Matéo Lapointe, propriétaire du Club L.

Matéo et Madame Andrée, sa conjointe et associée, ont d’ailleurs décidé de briser les tabous et de démystifier les pratiques libertines en offrant du contenu ludique et informatif chaque semaine sur Instagram et TikTok.

L’héritage du jugement de la Cour suprême

La décision de la Cour suprême du Canada a contribué à décriminaliser les clubs libertins au pays, transformant profondément le regard porté sur ces lieux, leur fonctionnement et leur rôle social. Ce jugement a établi que les relations entre adultes consentants, dans un cadre privé, ne constituaient pas un acte criminel.

Mais qu’en est-il aujourd’hui? Où en sont les avancées que ce jugement a dû créer?

Dans une société qui se dit ouverte, quel est le regard qu’elle porte sur les gens qui pratiquent le libertinage? Et si aujourd’hui c’est légal, est-ce toléré, mais pas tout à fait accepté?

Aujourd’hui, les clubs libertins ne sont plus perçus à travers le prisme du sensationnalisme et du scandale. Ils représentent, pour plusieurs, des lieux liés à l’évolution des mœurs, à la liberté d’exploration sexuelle, au droit à la vie privée. Au-delà du jugement et des clubs libertins, le libertinage est mieux reconnu, moins jugé et représente maintenant une pratique relationnelle pouvant être librement choisie par les couples.

Le Club L se positionne comme un exemple de l’évolution du libertinage depuis 2018 : un établissement légalement reconnu, fonctionnant sous des règles strictes de sécurité, de discrétion et de consentement, et fréquenté par une clientèle diversifiée.